De Chypre au Liban (2)

SOURCE : LE MONDE (http://www.lemonde.fr/)
PUBLICATION :
03 août 2006



ILS SONT DANS LES EAUX LIBANAISES DEPUIS LE 16 JUILLET

Les Chasseurs alpins de Bourg-Saint-Maurice ont déjà fait leurs preuvesChasseurs_enceinte

Ils venaient de défiler à Bourg-Saint-Maurice pour le 14 juillet. Au lieu de reprendre la route de la caserne, ils sont ensuite partis à Toulon, pour embarquer sur le Porte chalands de débarquement Siroco. Depuis, les Montagnards naviguent. Et un peu plus.

Depuis dimanche 16 juillet, la 1re compagnie du 7e Bataillon de chasseurs alpins de Bourg-Saint-Maurice se déplace… Sur la Méditerranée. Ce qui n’est pas forcément son habitude. Mais pas une première non plus : « Nous avions navigué sur un cousin du Siroco pour nous rendre en Côte d’Ivoire, il y a deux ans », explique le capitaine Fabrice Butruille qui dirige les 160 hommes de la compagnie.
D’ailleurs, et toujours selon le capitaine, « Un montagnard s’adapte à tout. La Montagne représente un défi qui porte à l’humilité et au dépassement de soi. Nous avons été en Côte d’Ivoire, nous voici sur un navire de guerre à vue du Liban… Nous avons réussi à nous présenter au complet et prêts à partir en 12 heures et notre première mission s’est très bien passée : nous faisons aussi bien que les plus anciens régiments de professionnels. »


Le Siroco est passé en mode humanitaire

Fret_humanitaire
En fait, la première mission des chasseurs alpins était un peu floue au départ. Quand le Siroco, un transport de chalands de débarquement (TCD) de 168 m a appareillé de Toulon, pas grand monde à son bord savait de quoi les jours suivants seraient faits. Fabrice Butruille: « De Toulon nous sommes allés à Beyrouth où nous avons procédé à l’embarquement de 300 Français qui souhaitaient quitter le Liban.Nous les avons accompagnés puis aidés à débarquer à Larnaca… D’où nous avons appareillé au bout d’une heure et demie. Seule une petite dizaine de soldats a pu fouler le sol chypriote. Les gars aimeraient bien bouger un peu. »
Toutefois, il semble que l’avenir des soldats de Bourg-Saint-Maurice ne sera pas aussi terrestre qu’ils le souhaiteraient.
Après avoir pris le large pour libérer un quai du port de Larnaca, le Siroco et ses 160 montagnards ont finalement repris le chemin du port chypriote, samedi 23 en soirée, après quelques ronds dans l’eau et plusieurs manœuvres d’hélicoptères (dont une évacuation sanitaire d’un soldat français de la Finul suivie d’une intervention chirurgicale à bord). Le Siroco est passé en mode humanitaire. Il s’agit d’aller livrer 230 tonnes d’eau, de rations humanitaire et de carburant aux soldats de la Finul à Naqoura, dans le Sud Liban. L’idée ne déplairait pas aux Chasseurs, ils sont aussi formés pour ça. Si seulement ils avaient la possibilité d’aider eux-mêmes les Libanais.


Port trop petit, trop détruitChalands

Mais la taille des infrastructures portuaires locales (et les nombreuses modifications architecturales imposées par l’artillerie d’Israël) oblige le navire de la Royale à rester à distance. Ce sont les chalands de débarquement qui se chargent de la livraison à terre. Encore raté.
S’il y a débarquement mardi 25 à Naqoura, dans le Sud Liban, ça concernera vraisemblablement les commandos de marine qui ont embarqué dimanche soir.
Pourtant, tout avait bien commencé. Les différentes sections de la 1re compagnie du 7 BCA avaient enfin été appelées en urgence. C’était une première. « Ça fait vraiment plaisir de prendre le Guépard et partir ! » affirme Fabrice Butruille. « Surtout que pour un coup d’essai, ça ressemble à un coup de maître. » La 1re compagnie avait pris l’alerte en douze heures (le Guépard) le 30 juin. Le 14 juillet après le défilé, le message est tombé : la compagnie devait se rassembler et se préparer à partir au Liban.
« Le 15 à minuit nous quittions Bourg-Saint-Maurice, le lendemain nous embarquions à Toulon. Le temps de réponse a été court et la compagnie s’est présenté au complet : nous avons prouvé que nous n’avions rien à envier aux régiments qui sont traditionnellement envoyés sur ce type de mission. » Le capitaine n’est pas peu fier.

Un environnement… Convivial

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C’est évident, pour lui comme pour ses hommes : l’infanterie de montagne est largement au niveau des autres. Un esprit particulier souffle, paraît-il, en Savoie. « Nous sommes d’ailleurs le dernier des régiments de Chasseurs alpins encore cantonnés en montagne. Les autres sont en ville : Chambéry, Annecy… » C’est sûr, ça explique tout.
Ça explique sûrement la patience avec laquelle les soldats supportent leur vie sur mer. Corvées avec les marins, entretien de l’armement, un peu de sport sur les quelques appareils de musculation du bord. Le tout dans un environnement que le commandant de compagnie qualifie de… Convivial.
Un groupe d’une quinzaine de chasseurs, dans une cambuse avec trois bannettes superposées par cloison, vaut mieux être copains. « Eh, on travaille ensemble, on est comme des frères », répond un des chasseurs.
Le commandant du Siroco comme les têtes pensantes de l’Etat major ont d’ailleurs souligné un aspect particulier de la mission de récupération réalisé par la première compagnie : « Elle a impressionné de nombreux observateurs par sa rigueur empreinte d’humanité ».
Les chasseurs alpins de Bourg-Saint-Maurice sont des humains. Des humains qui aiment les grands espaces et l’exercice physique. Espérons que les prochains jours leur donneront l’occasion de se dépenser. Ça devient urgent.

Jean-Philippe Louis / focalizé


12.000 tonnes et cinq PumasPuma_au_sol_2

Le Siroco est un Transport de chalands de débarquements dont la mission principale est « la projection de forces par moyens aériens et amphibies ; transport et mise à terre sur un rivage non préparé d’une force aéro-terrestre ».
Tout un programme pour lequel le Siroco, en plus de ses 12.000 tonnes de déplacement, s’est chargé de cinq hélicoptères Puma de l’armée de terre. La spécialité du SIROCO, toutefois, ce sont les deux chalands de débarquement, sur lesquels les Chasseurs alpins ont chargé deux véhicules blindés et du matériel. Si seulement, ils pouvaient débarquer…


Main d’œuvre
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Quand une compagnie de Chasseurs alpins se déplace en opération extérieure, elle est autonome. Parmi les 160 hommes venus de Bourg-Saint-Maurice, il y a donc des cuisiniers, des techniciens, des soldats plutôt costauds… Bref, de la main d’œuvre efficace dont les 220 marins du Siroco ont rapidement compris l’intérêt. Les chasseurs font leur part de boulot sur le bateau. Et ne s’en plaignent pas : c’est de l’occupation, après tout.


Le gars du pays

F. Cusin-Rollet, tireur de précisionCusin_rollet

Le caporal Frédéric Cusin-Rollet est savoyard, plutôt fier de l’être et chasseur alpin (depuis 3 ans), ce qui lui semble normal. Puisqu’il est savoyard.
Quand il n’est pas à Bourg-Saint-Maurice pour tenir sont poste de tireur de précision, le jeune homme de 22 ans retourne à Ugine. Autant dire qu’il n’a pas vraiment envisagé de quitter les montagnes pour faire sa vie.
En revanche, il a su rapidement qu’il serait militaire : « J’ai fait une préparation militaire chez les parachutistes. Maintenant je suis chez les Chasseurs alpins et je ne suis pas déçu : ils sont fidèles à leur réputation. »
Le gars et plutôt solide, genre rugueux. La vie en compagnie lui plaît : « J’ai déjà fait pas mal d’opérations extérieures. Côte d’Ivoire, Kosovo, ça bouge… Là, partir comme ça en 12 heures, c’est fort. Mais fallait le faire, alors ça ne pose pas de problème, on le fait. »
Et c’est tout ? « Disons que maintenant, faudrait que ça bouge. »


Visite ministérielle
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Le Siroco a eu les honneurs de plusieurs visites ministérielles, dont une au moins  été conséquente : celle de Catherine Colonna, ministre déléguée aux affaires européennes. Catherine Colonna était accompagnée par le ministre chypriote des affaires étrangères et est monté sur le navire peu après son arrivée à Larnaca.
Michèle Alliot-Marie est également passée à proximité du Siroco mais elle ne s’est pas arrêtée, se contentant de visiter le dernier-né de la Royale : le navire de commandement « Mistral », véritable ville sur l’eau, presque aussi grand qu’un porte–avion.



Le « look Opex »

Look_opex
« C’est amusant », note un cadre du régiment : « depuis que le régiment part en opérations extérieures –Opex- le look des chasseurs alpin a changé. Avant, c’étaient plutôt des coureurs de fond, secs, endurants. Maintenant, avec le temps à tuer pendant les voyages et l’émulation entre sections, les gars passent beaucoup de temps en salle de musculation. »
Autre influence des voyages sur la jeunesse : « La viste des île a fait fleurir les tatouages ».


Prestige de l’uniforme
Prestige
La traversée entre Beyrouth et Larnaca dure une dizaine d’heures, auxquelles il faut ajouter le temps passé à attendre qu’un quai se libère dans le port Chypriote. Un temps que quelques Chasseurs ont mis à profit pour lier connaissance avec les passagers. Surtout les jeunes filles. Quelques unes avaient retrouvé le sourire en descendant du Siroco.

Photos

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